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Articles | Jean Foy-Vaillant le grand numismate beauvaisien |
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Jean Foy-Vaillant[2] fit des études rapides et brillantes. Elève au collège de Beauvais, il termina sa philosophie à 14 ans. À 17 ans, il fut reçu avocat au Parlement de Paris, ce qui semblait le destiner tout naturellement à succéder à son oncle adoptif, procureur général fiscal près de l’évêché et comté de Beauvais, charge qui était dans la famille, de père en fils, depuis plus de deux cents ans. Mais l’établissement, à Beauvais, d’un présidial et d’une élection l’éloigna de cette charge devenue de ce fait moins attractive. Il entreprit alors des études de médecine et à vingt-trois ans, il fut reçu docteur. Pour autant, Jean Foy-Vaillant ne devait pas plus exercer la médecine que la magistrature. Un jour, un fermier des environs de Beauvais, découvrit, en labourant, une grande quantité de monnaies anciennes qu'il montra à Jean Foy-Vaillant. Cette découverte déclencha chez notre jeune docteur beauvaisien une passion qui n'allait plus le quitter, sa vie durant. Il acheta le trésor et, délaissant la médecine, consacra tout son temps et son énergie à déchiffrer et classer les monnaies. Quelque temps plus tard, il se rendit à Paris pour rencontrer Pierre Seguin, doyen de Saint-germain l’Auxerrois qui, comme l’on disait alors, « avait un riche Cabinet de Médailles ». Le savant numismate apprécia les connaissances de son visiteur et le mit en rapport avec le Premier Président, de Lamoignon, avec le Procureur Général, de Harley, tous deux grands numismates. |
Le Prévost des marchands le fit connaître au gardien du Médailler du Roi qui, séduit par son érudition numismatique, le présenta à Colbert. Ce dernier lui demanda alors de se rendre en Italie, en Sicile et en Grèce afin d'acheter des monnaies et des médailles anciennes pour compléter la collection que Gaston d’Orléans avait donnée au Roi. M. Dupont-White a retrouvé dans les archives de M. Le Caron, le passeport signé par Louis XIV et légalisé par Colbert, dont disposait Jean Foy-Vaillant pour mener à bien les missions dont on le chargeait. De par le Roi à notre très cher et bien aimé fils le Comte de Toulouse, amiral de France, vice-amiraux, etc., etc.,…salut. Le Sr. Vaillant s’en allant par notre ordre en Levant, nous voulons et vous mandons très expressément que vous ayez à le laisser sûrement et librement passer par tous les lieux de vos pouvoirs et juridictions, sans lui donner ni souffrir qu’il lui soit fait aucun trouble ni empêchement, mais au contraire toute sorte d’aide, faveur et assistance en cas de besoin. Car tel est notre plaisir. Prions et requérons tous Rois, Princes, Potentats, Etats, Républiques et autres nos bons amis alliés et confédérés de laisser aussi pareillement passer ledit Sr. Vaillant sans lui donner aucun empêchement, offrant de faire le semblable en pareil cas quand nous en serons requis de leur part. Donné à Chambord le 12ème jour de septembre 1685 Louis (et plus bas) Colbert
En octobre 1674, Jean Foy-Vaillant s'embarqua à Livourne pour se rendre à Rome. Mais le vaisseau dans lequel il se trouvait, fut attaqué et pris par un corsaire. Emmené en captivité à Alger, avec toutes les autres personnes à bord, entre autres 23 compatriotes français, il fut remis en liberté après quatre mois et demi de détention. Les monnaies dont il était porteur lors de son arrestation, 200 en argent et une vingtaine en or, lui furent rendues, et il fut chargé de remettre au Roi de France une lettre du Dey d'Alger qui nous éclaire sur les raisons de ce traitement de faveur.
Au Roi
de France qui est l’exemplaire et l’appui des grands princes de la
religion chrétienne, Dieu dirige ses actions et ait pour agréable
les prières que nous faisons pour lui. |
Mais votre Majesté saura que ce pays est un pays de milice et de soldats qui ont communication avec tous les autres ; qu’ils s’entretiennent sans cesse des musulmans qui sont esclaves en France dont ils reçoivent journellement des lettres par lesquelles ils font savoir qu’ils ne sont pas encore en liberté et c’est ce qui les a émus à faire retenir les 24 français qui se sont trouvés dans le susdit navire, sans vouloir qu’on les laisse aller avant que les musulmans qui sont en France soient de retour en Alger. C’est pour faire savoir à Votre Majesté l’état particulier de cette affaire que nous nous donnons l’honneur de vous écrire et aussi pour vous donner avis qu’entre les 24 français susdits il s’en est trouvé un, nommé M. Vaillant qui était chargé de commission pour votre service et que pour l’amour de Votre Majesté nous ne l’avons pas voulu retenir ici mais nous le lui avons renvoyé. Nous espérons que moyennant Dieu lors qu’il sera arrivé il vous exposera nos sentiments et vous donnera des nouvelles de toutes choses .Mais nous devons avertir Votre Majesté que le Consul qu’on nous a envoyé ici de votre part, est un fourbe qui ne fait ni bien pour vous, ni bien pour nous. C’est pourquoi nous vous prions de nous envoyer quelque honnête homme qui ait de l’esprit et qui soit sage et un peu homme de bien. Au reste nous vous souhaitons toute sorte de bonheur C’est votre sincère et parfait ami Mehemmed-el-Hagi, Dey d’Alger Libéré, Jean Foy-Vaillant, pour regagner la France, prit place sur une petite frégate qui, à son tour, fut prise en chasse par un corsaire de Tunis. Craignant, s'il venait à nouveau à être capturé, que l'on lui prît les précieuses monnaies qu'il transportait, il n’hésita pas à avaler les monnaies d'or, qu'il considérait comme les plus précieuses. Une tempête survenue fort à propos, éloigna le vaisseau pirate et fit échouer le frêle esquif, à bord duquel était notre numismate beauvaisien, sur les bancs de sable de l'embouchure du Rhône. Voici la suite de cette histoire telle que la raconte M. Richer: Son premier soin fut de débarrasser son estomach du dépôt qu'il lui avoit confié. La nature ne sembloit pas disposée à le soulager, il craignit pour sa vie, et assembla la faculté de médecine. Chaque médecin proposa un remède différent; et Vaillant, ne sachant lequel préférer, s'abandonna entièrement à la nature, et la laissa maîtresse de son sort. Elle agit heureusement et lui avoit rendu plus de la moitié de ses médailles, lorsqu'il arriva à Lyon. Il traita la totalité avec un curieux, auquel il promit de lui livrer les autres, dès qu'elles seroient en son pouvoir. Le soir même, il fut en état d'exécuter son traité.
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![]() ![]() Les deux ouvrages de Jean Foy-Vaillant que possède la Médiathèque de Beauvais. |
De retour à Paris, il se vit confier de nouvelles missions qui le conduisirent, en Egypte, en Iran (1679), en Perse, au Levant, c'est à dire en Asie Mineure (1685) où il trouva les médailles les plus précieuses et les plus rares. Pour autant, Jean Foy-Vaillant n'oublia pas de prospecter aussi en Europe. C'est ainsi qu'il se rendit une douzaine de fois en Italie, deux fois en Angleterre et en Hollande. Voyageur infatigable, Jean Foy-Vaillant fut aussi un auteur très fécond, à qui l’on doit de nombreux ouvrages numismatiques qui furent souvent réédités et qui furent utilisés jusqu’à la fin du XVIIIè siècle. De nos jours, ils sont encore très recherchés par les amateurs de beaux livres. La médiathèque de Beauvais possède deux éditions de son premier ouvrage « Numismata imperatorum romanorum praestantiora a Julio Caesare ad Posthumum et tyrannos ». L’une de 1692 (tome 1 seul) et l’autre de 1694 (édition complète : 2 tomes reliés en un seul volume). D'abord attaché au Cabinet des Médailles du Duc du Maine, il entra, grâce à Louvois, au Cabinet des Médailles du Roi avec pour mission de le mettre en ordre et d'en dresser le catalogue (1684). Élu membre associé de l'Académie des Inscriptions et des Belles Lettres, en juillet 1701, il en devint pensionnaire, à la mort de François Charpentier en 1702. Voici d'ailleurs la lettre de félicitation que lui adressa, à cette occasion, celui qu'il avait servi pendant 20 ans et qui le tenait en grande estime. Je suis bien aise d'apprendre que vous êtes devenu pensionnaire dans l'académie des inscriptions, vous devez cette grâce au choix du Roy, personne n'a dû vous l'envier, et vous n'avez trouvé de concurrent que pour la forme. Gardez-moi la médaille de l'empereur Sévère qui a pour revers herculi defensori. Votre mérite vous met à couvert de l'envie et force les augures à vous être favorables. Jouissez de votre bonne fortune, et espérez qu'elle sera encore meilleure. L.A. De Bourbon Jean Foy-Vaillant épousa, en 1654, dans la ville de Beauvais, Antoinette Adrian, fille aînée de Pierre Adrian, avocat, et de Antoinette Le Boucher, qui lui donna trois filles: Suzanne († le 26 mai 1736) qui épousa Toussaint Leullier, avocat au Parlement et procureur fiscal du Comté; Antoinette et Marie qui se firent religieuses. |
Antoinette Adrian décéda en 1661. Jean Foy-Vaillant se mit alors à vivre ouvertement avec sa belle-sœur, encore mineure, Louise Adrian qui depuis longtemps déjà, était sa maîtresse. De cette liaison coupable, considérée à l'époque comme un inceste, était d'ailleurs né, avant le décès d'Antoinette, un garçon, Jean-François, qui, légitimé par Jean Foy-Vaillant à l'occasion de son second mariage, fut membre de l'Académie des Inscriptions et Médailles, docteur en médecine et mourut sans postérité en 1708. Afin de pouvoir se marier avec sa belle-sœur, Jean Foy-Vaillant quitta Beauvais le 22 juillet 1662, avec Louise Adrian, pour demander au Pape une dispense au premier degré d'affinité "fondée sur l'estime réciproque qu'ils avaient conçue l'un pour l'autre". Ils obtinrent cette dispense au mois de décembre 1663 et leur mariage fut célébré par le curé de Saint-Laurent, en la ville de Rome, le 15 janvier 1664. En avril de cette même année, Jean Foy-Vaillant et sa nouvelle épouse revinrent à Beauvais. Par la suite trois autres enfants naquirent: Yves-Pierre qui fut tué à la bataille de Norwinde; Jean, lieutenant d'infanterie au régiment d'Agenois, marié à Marie-Anne Thouret et Marie-Louise, née en 1674, décédée le 21 février 1753, sans s'être mariée. Vers la fin de sa carrière, cet infatigable érudit avait pour projet de rédiger une œuvre intitulée "Essai d'un ouvrage universel sur les médailles antiques" En voici le plan : Pour l'escole des médailles, dix leçons
1- Les métaux différents dont elles sont composées
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Ouvrages de Jean Foy-Vaillant.
- Numismata imperatorum romanorum praestantiora a
Julio Caesare ad Posthumum et tyrannos, 1674, 2 vol. |
Archives départementales de l’Oise:
Inventaire sommaire des archives communales
antérieures à 1790. Société Académique de l’Oise: Legs d’Elbée. André Dessaint |